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mardi 25 mars 2008

780 - Les sites payants de rencontres, mirages pour abrutis

MATCH.COM, pour prendre ce seul exemple, fait partie des grands sites payants de rencontres dont les membres sont représentatifs de tout ce que le WEB peut compter de minables de base et autres petits mâles inconsistants capables de débourser une vingtaine d'euros -voire beaucoup plus selon le degré de leur imbécillité ou la profondeur de leur bêtise- pour s'offrir de pâles illusions d'aventures donjuanesques...

Ces minus qui s'inscrivent par milliers ont vraiment l'air de croire aux boniments de ces invisibles marchands de vent... Sinon ils ne paieraient pas pour s'inscrire sur ces sites, c'est l'évidence même. La preuve par le paiement de leur ineptie, voire de leur misère psychologique ! D'ailleurs ils s'imaginent naïvement que parce qu'ils payent, ils auront droit à une de ces poupées irréelles, plus ou moins numériquement retouchées, postées à l'entrée de ces sites pour appâter le gogo.

Sous prétexte que ces pigeons engraissés de partout (depuis les artères jusqu'au coeur en passant par la cervelle) ont pris l'option payante leur offrant divers avantages et promesses tous frelatées, ils sont persuadés qu'ils auront plus de chance que les non-inscrits de rencontrer une de ces déesses vulgaires qui les font tellement rêver tout au long des jours ordinaires de leur existence de minables.

Ces créatures crapuleuses parfaitement stéréotypées et au sourire frauduleux, toutes faites de toc et de faux serments, sont des Graal informatiques à la hauteur de leurs rêves de petits mâles bedonnants. Ils y croient tellement à ces sourires fabriqués, ils sont si certains qu'une de ces bombes virtuelles leur tombera potentiellement sous la souris dès que leur inscription "privilégiée" sera validée qu'ils n'hésitent pas à payer cette inscription, et au prix fort...

Qu'ont-ils dans la tête ces anti-séducteurs, ces pitoyables crétins qui pensent pouvoir s'acheter des liaisons et même d'idéales histoires d'amour grâce à leur carte de crédit ? Et même qui se persuadent que leur chance de pouvoir compter fleurette à de dociles écervelées toujours promptes aux délices de la chair sera proportionnelle à la somme qu'ils se seront fait débiter en ligne ?

Les vrais gagnants de ces arnaques légales sont comme toujours les créateurs de ces sites payants qui ont, il faut au moins leur reconnaître cette prouesse, l'art de faire croire au mâle moyen plus ou moins insignifiant que d'insatiables femelles à la toilette clinquante (et aux charmes douteux, du point de vue de l'esthète) vont se jeter dans ses bras après une ou deux conversations insipides sur les forums de ces sites à péage...

lundi 17 mars 2008

779 - La société d'abrutissement

En parcourant les centaines de chaînes de télévision accessibles grâce aux technologies numériques, on a un aperçu édifiant de l'état pitoyable des sociétés du monde occidental.

Même les sociétés orientales (que l'on aurait pu croire à l'abri des séductions superficielles) à force de singer nos travers et aberrations se corrompent dans les bassesses qui forment nos normes. A travers leurs chaînes de télévision elles offrent le même spectacle affligeant. Désormais Occident et Orient se ressemblent de plus en plus, le premier exerçant sur le second une imbécile influence. A travers la télévision -un des plus immédiats reflets de l'âme des sociétés citadines-, la vulgarité, la médiocrité, la bêtise, la laideur, l'insignifiance sont les ingrédients essentiels -on ne change pas une formule qui marche- pour l'assouvissement des masses. Les cruels jeux du cirque ont, il est vrai, été abandonnés depuis des siècles. A la place on a adopté la bêtise.

On s'est détourné du sang pour se vautrer dans la vomissure.

Certes, parmi ces centaines de chaînes de télévision diffusant des programmes tous semblables dans l'ineptie, l'inconsistance, voire la profonde débilité, il en existe de bonnes, voire d'excellentes.

Elles sont rares.

La grande majorité des chaînes européennes, asiatiques, africaines ne diffuse que du vent, de la lavasse et beaucoup de ronds de fumée, le tout emballé dans un "format-concept" plein de couleurs très vives agrémentées de rires hystériques et maints autres artifices crétinisants. Ne parlons même pas de l'Amérique du Nord : dans la course à la stérilité, il n'y a pas de plus grand champion.

Bref, ces télévisions déversent sur les populations moyennes -par définition faibles, malléables, peu exigeantes- ce que les spécialistes du marketing de masse (les mêmes qui semblent être à la tête de ces chaînes) nomment pudiquement du "divertissement".

C'est qu'il s'agit de vendre de la lessive et du coca-cola à des millions d'abrutis qui s'ignorent, les mêmes hélas qui iront voter... Ou pire, qui seront élus maires de leurs villages !

Dans ce monde frelaté, repeint en rose et bleu par les gourous des causes mercantiles qui ont élargi leurs nuisances jusque dans le domaine public (agressions publicitaires sur la voie publique), tout est spectacle, même la laideur.

Surtout la laideur.

Le rire à but vénal, la consommation superflue, l'exploitation mentale des moins lucides, le viol intellectuel des plus vulnérables, l'infantilisation de tous, la culture intensive du divertissement forment ce que j'appelle une société de total abrutissement.

La nôtre.

vendredi 29 février 2008

778 - Jean-Louis Costes

Je ne connais Costes que par échos, bribes d'interviews, rumeurs. Je n'ai pas lu ses oeuvres littéraires. J'ai juste aperçu des extraits de ses "opéras" outrageants... Je ne me suis jamais penché sérieusement sur ses productions artistiques, cependant je sens chez lui certaines profondeurs propres au mystique. Profondeurs qui ne sont pas nécessairement hauteurs... N'importe ! Chez lui il y a une consistance, une énergie qui sans être tout à fait sacrée n'a rien de profane pour autant. Disons qu'il serait sur la voie, en chemin vers l'éblouissement. Certes moi non plus je n'aime pas du tout son côté glauque, scatologique ou prétendu tel, enfin toutes ses outrances répugnantes, mais après tout je me dis que cette apparente ordure est secondaire. Peu importe l'odeur de fumier qui se dégage de ses oeuvres, finalement je ne le trouve pas si choquant que cela tant que je ne m'arrête pas à mes premières impressions, superficielles. Ses tableaux scéniques, aussi misérables et décadents puissent-ils paraître ne sont que les supports trompeurs et anecdotiques -et peut-être même maladroits- de ce qui brûle en lui. L'essentiel chez lui, me semble-t-il, n'est pas dans cette esthétique dégénérée. L'important, c'est cette flamme qui l'habite. Ce feu qui le porte toutes ailes déployées là où peu d'entre nous accepteraient de poser ne serait-ce que le bout de la semelle.

Avec Costes ne nous arrêtons surtout pas aux apparences. Le personnage mérite mieux que notre mépris mondain.

Derrière cette façade d'excréments, de scandale, je sens chez lui une pureté, un éclat, une beauté supérieure, non pas sottement esthétique mais plus universellement -et plus simplement- mystique. Son parcours fangeux me fait songer à un cheminement vers le divin. La merde n'empêche pas la lumière. Il n'y a que les froids, hautains et frileux contradicteurs aux fronts délicats, aux dentelles fines et aux pensées molles qui font les dégoûtés-révoltés devant Costes. Face à lui ils font les caniches de salon. Ils parlent de lui depuis leur hauteur de petits insectes secs et dignes, bien propres sur eux, ne daignant baisser leur vue ni la lever au-delà de leur horizon lustré. Attitude bornée, confortable et lâche que j'adoptais moi aussi, au début. Mais Costes la bête, Costes l'ogre est aussi et surtout Costes l'Homme. L'Homme sous tous ses aspects : l'humanité totale, paradoxale, révoltante et glorieuse. Du bébé angélique au moribond crapuleux, de l'individu au collectif, de l'ordinaire au monstre, de l'insignifiant au génie, de l'insipide au vomitif, bref l'humanité de la terre, de notre terre, de notre temps, l'humanité de "notre monde". Et non l'humanité indolore, incolore, flasque, insensible et irresponsable de ces livres d'images bêtes que nous avons dans la tête.

L'astre et la pourriture, la fange et le cristal, la cendre et la chair, le sang et la fleur, tels sont les trésors flatteurs et dérangeants que porte en oui cet infréquentable champion de l'indicible.

Costes incarne magistralement et avec une insupportable sincérité les paradoxes odieux du monde et de l'homme, entre abîmes et sommets, entre "gouffres sans issue" et céleste essor. Là où nous fermons les yeux, il ouvre les siens. Nous détournons le regard de la mare humaine, il y plonge son âme. Parcours christique, cheminement rédempteur, explorations abyssales de l'âme... Costes n'est-il pas descendu dans nos enfers cachés pour mieux s'en extraire à présent que le fond a été atteint ?

Avec sous ses pieds ces tonnes d'engrais malodorant (qui n'est à mon sens que la simple illusion de celui qui n'a qu'une vue partielle des choses), que peut-on attendre d'autre de Costes qu'une montée fulgurante et extatique vers lui-même, doté depuis toujours de ce que je soupçonne être des ailes ?

mardi 19 février 2008

777 - Buvez !

Le vin vaut bien vingt dieux, deux ou trois faux pas et quelques jurons !

Buvez car la vigne n'est pas mauvaise pour le coeur assoiffé. Buvez, des lutins dorés vous descendront dans le gosier. Buvez surtout de peur de vous noyer dans une eau qui nécessairement sera plate.

Buvez, humains. Buvez, chiens que vous êtes ! Buvez, braves braillards ! Votre joie vous sanctifie, fait de vous des hommes. L'ivresse est bonne, saine, féconde : elle délie les langues, rosit la sombre mélancolie, rallume les âmes. Et inspire toutes les natures.

Le breuvage alcoolique bonifie les caractères, allège les idées et adoucit même les crapules. Ce qui fait tourner les têtes fait monter les âmes.

Il n'y a que les fous qui chantent sous l'eau de pluie.

Et vous les abstinents buvez plus que les autres car en vérité je vous le dis, le salut de votre gorge asséchée est dans la bière, le petit rosé et l'eau-de-vie.

On prétend que le vin rend méchant, sot, imprudent. Fadaises ! Les corrompus, les ânes, les écervelés, ce sont les buveurs de lait ! Ces mesquins ne connaissent pas l'or de l'esprit. Méprisant les hauteurs éthyliques, ils ne sont jamais dans le secret des dieux de la bouteille. Ce bonheur à portée de lèvres, ils le boudent pour un oui, pour un non. Et ils meurent un jour. Sans feu, sans joie, sans bruit.

Imbibés d'eau.

Et ils font un petit plouf ! Et ils appellent cela "dignité"...

Tandis que le buveur, hydraté avec l'onde dorée, brune ou verte, meurt à voix haute, la tête la première, le souffle vif, le coeur battant.

Et fait un magnifique plongeon.

lundi 18 février 2008

776 - Prise de bière

Un verre de bière m'attend.

En portant à mes lèvres l'ampoule brune, il me semble descendre dans un fût au bois séculaire. Les vapeurs délicieusement rances imprègneront bientôt mon cerveau...

Tandis que les bulles amères et sucrées se dissolvent dans ma gorge, l'onde qui imbibe mes voies nobles s'évapore mollement dans mon âme. A la dixième gorgée, des astres se présentent à moi avec des politesses d'un autre siècle. Je les vois, ils me tournent autour en me faisant des signes empreints de majesté. Leur danse hypnotique m'entraîne vers des hauteurs soudaines : mes pas deviennent des sauts et je vole.

Mes ailes débordent de mon verre et je me noie dans l'air. Et je ris d'un rien. Et je me fous de tout.

Alors que la bière coule en moi, je monte aux étoiles, m'en prends aux dieux romains, grecs, latins, enfin je veux parler de ces drôles de rois qui gouvernent les buveurs, et je descends des escaliers galactiques, me prends les pieds dans un tapis de brume, tombe dans un tas de chimères.

Je me relève, perds l'équilibre, retombe dans mes nues, la semelle pénétrée de joie, le coeur humecté d'éther. Le houblon parfume mon ciel. Sa voûte ouatée est ambrée, chaude, généreuse. Je ne monte plus, je flotte.

Le temps de trois autres gorgées.

Puis lentement je glisse, je succombe, je sombre, je m'endors, je rêve.

Non, je ne rêve pas. Je suis ailleurs. On me parle, je balbutie. En fait je ne sais plus.

Je dois être en train de picorer des constellations, de faire sonner quelque clocher ou de courir je ne sais quel gibier fabuleux. Bref, je suis saoul, je suis plein, je suis rond.

Fier d'être mort... Non, mort de bière. Enfin je veux dire livré de bière, rire de mort. Ou à peu près cela... Quelque chose comme ivre de mort, fier de vivre.

Ou peut-être mis en bière.

dimanche 27 janvier 2008

775 - L'effet bière

La sève féconde me caresse le gosier, embrase mon âme, met de l'artifice dans mon coeur qui se noie, se noie...

De mous éclairs d'ivresse traversent ma conscience. La bière est un fluide cosmique, la pisse des étoiles, le sel de l'esprit, l'eau des dieux.

Je nage en plein bonheur, buvant à lentes gorgées le vin jaune de l'orge. Le soleil qui me coule dans la gorge, c'est l'or de l'esthète, le chant de la muse : le breuvage doré me confère de la plume et me donne des ailes.

Sous l'onction olympienne - flamme liquide qui m'imprègne et me chauffe - je m'élève en délectable direction, volant vers des champs de mots pleins de rimes sages et de prose folle.

Ici l'herbe devient verve. Là, le verbe est vin et le vers est bleu.

Et le verre, jaune. Toujours.

Quant au rêve, il est de mise.

La bière, ce miel qui pique, cette lumière qui se boit, cette idée divine dont on a fait une essence est une encre céleste avec laquelle j'écris ces mots.

Buvez-les vous aussi, mes mots. Ils vous donneront des pensées légères et des vues profondes.

774 - La Beauté universelle

J'aime la beauté. La beauté innée des choses.

Beauté des astres, beauté de l'Homme, beauté des éléments. De tous les éléments : des plus éclatants aux plus humbles. Même le fumier m'élève. Tout est mystère, grandeur, divine ingéniosité. Je regarde les choses avec hauteur et je vois leur lumière. Gloire de l'atome inextinguible, de la matière organisée, des êtres vivants... La beauté universelle se révèle à peu d'hommes. Par delà la sensibilité individuelle de chacun, l'araignée immonde pourtant est pure merveille. Merveille est la bactérie dont on ignore si elle vit, si elle végète. Merveille, le brin d'herbe côtoyant le chêne et qui l'égale en profondeur.

La particule de sable inerte est aussi énigmatique que la dynamique synapse humaine. A l'échelle de la Création tout se vaut, tout est égal car l'univers entier est un permanent, immense, insatiable miracle.

La sphère, la flamme, l'éther, le souffle, la pensée, les chiffres, les impalpables principes : les formes de la beauté se manifestent dans toutes les directions de l'Univers. Et au-delà.

Le monde est gouverné depuis des hauteurs qui ne se mesurent pas : ses lois sont puisées dans l'infini, ses inventions inspirées par une folie sans limite. Ce qui nous semble simple est impénétrable. Le moindre atome nous dépasse et cependant l'Univers est à nos pieds.

En effet, l'Homme n'est-il pas le fruit pensant de cet Univers ? Par la seule pensée nous appréhendons le Tout, en un éclair. Avec quelques synapses nous intégrons le monde et tout ce qu'il contient, et ne contient pas. Une étincelle dans la tête, une immatérielle lueur capable d'englober la Création, notre pensée y compris.

Lorsqu'on est conscient de cela, comment ne pas s'émerveiller devant le vermisseau, l'azur, la vache, l'hydrogène, l'onde, le cri de l'autruche, le temps, la cendre, le vol de la mouche ?